La Suce-par-terre

Une belle américaine pour les enfants
samedi 28 septembre 2019
par  Michel Bovani
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Parmi les jouets de l’enfance, il en est dont on ne se souvient que parce qu’ils ont duré suffisamment longtemps. En revanche, on n’a aucun souvenir de leur arrivée dans notre vie. C’est le cas pour moi de cette Dinky Toys : la Studebaker Commander de 1954. Je ne sais pas ce qu’est aujourd’hui devenu ce jouet (peut-être fait-il après tout le bonheur d’un collectionneur), mais je l’ai racheté récemment dans sa version Atlas. Le modèle est sorti chez Dinky en 1955 ; j’avais deux ans à ce moment là et, encore une fois, j’ignore la date à laquelle il a rejoint mon petit univers personnel, mais cela pouvait être assez tôt, car à l’époque les consignes du genre « ne convient pas à un enfant de moins de 36 mois » ou « contient des petites pièces susceptibles d’être ingérées » n’aient pas cours. Les parents étaient donc tout à fait libres de tenter d’étouffer leur progéniture à l’aide de pneumatiques en caoutchouc au 1/43e, mais, Dieu merci, si les miens ont jamais eu cette intention, ils ont manqué leur coup.

Ayant donc survécu à ce cadeau, je me souviens parfaitement de sa peinture verte bicolore (le toit était plus foncé), de sa ligne surbaissée et de sa calandre en forme de bouche d’aspirateur au ras du sol.

Pour cette raison, je l’appelais la « Suce-par-terre », ce qui faisait beaucoup rire mon père mais pas moi, car ce dernier professait l’idée que les voitures américaines étaient des bateaux prétentieux qui donnaient le mal de mer à leurs passagers, idée que je prenais quant moi très au sérieux puisqu’elle émanait de la parole paternelle. Il est en vérité fort possible que mon père ne soit le véritable inventeur du jeu de mot, mais comment savoir aujourd’hui ?

Je ne sais pas ce que sont devenues toutes mes Dinky Toys. Je serais même incapable de dire aujourd’hui combien j’en possédais (sans doute pas tant que cela…). En revanche, je me souviens très bien de l’arrivée de la 403 familiale, pour le coup une voiture française parfaitement honorable, et d’ailleurs un des cousins de ma mère en possédait une, ainsi que la famille nombreuse assortie.

Je devais avoir cinq ans, ou un peu plus. Ma mère m’avait emmené dans un dispensaire pour une vaccination et, comme tous les enfants qui me précédaient pleuraient, j’avais décidé que jamais je ne me laisserais embrocher et je m’étais beaucoup débattu. J’avais finalement dû capituler mais j’y avais gagné, en guise de lot de consolation, la miniature de la voiture du cousin.